2020 – 2021

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Café littéraire d’octobre 2020
Nos coups de cœur

«  Buveurs de vent », de Franck Bouysse

L’histoire de « Buveurs de vent », le 9ème roman de Franck Bouysse se situe au cœur du Massif Central dans la vallée du « Gour noir ».
A la fois, une enclave territoriale et un destin tout tracé pour ses habitants : travailler pour la centrale électrique, le barrage qui l’alimente ou les carrières que possède Joyce, le tyran au sang froid.
Souverain en son royaume, ce mégalomane a baptisé de son nom toutes les rues de la ville. Il a épousé la plus belle fille du coin, il a des espions partout et le shérif à sa botte….Les habitants résignés vivent sous la terreur.
Mais « Buveurs de vent » est avant tout un récit lumineux des liens indéfectibles unissant une fratrie de trois frères et une sœur :      
-Marc, l’aîné féru de littérature qui lit en cachette de son père sous peine de fouet en guise de mot.
-Mabel (Jean), jeune fille libre, sensuelle et d’une grande beauté.
-Matthieu, l’amoureux de la nature.
– et Luc, le cadet, un simplet déscolarisé, naïf et incomplet qui se réfugie dans l’île au trésor de Stevenson en se prenant pour Jim Hawkins.
Assoiffés de liberté et de frissons, ils se rendent tous les soirs au Viaduc, suspendus au bout d’une corde au-dessus de la rivière afin de sentir les vibrations du train et afin, surtout, de fuir l’ambiance délétère qui règne dans la maison familiale. Entre une mère bigote (les noms des enfants rappellent ceux des quatre évangélistes) et un père taiseux toujours prêt à dégainer le ceinturon pour dresser sa progéniture….
Ce Viaduc qui sépare les deux rives de cette rivière représente le passage entre nos vies et le monde de pierre, d’eau et de vent de l’écrivain, pareil à ces contes mêlant la légende au réel.
Franck Bouysse nous fait pénétrer dans cette vallée où la soif d’amour et de liberté affronte la haine et le mal.
Toute la question est de savoir comment « déboulonner » cet édifice puissant, comment introduire ce grain de sable qui va enrayer le processus ???????…..
J’ai été charmé par le titre, original et poétique. Titre aérien qui contraste avec la photo noire et lugubre ne présageant rien de bon !!!
C’est un roman sombre porté par une écriture flamboyante. Chaque phrase est travaillée, ciselée en un récit d’une poésie envoûtante en forme de conte.
C’est du Bouysse !!!!! On accompagne avec frissons et délices le chemin semé d’embûches des quatre enfants dans une histoire à la frontière du conte et de l’étrange illuminée par la puissance de cet amour fraternel.
Hymne à la liberté et à l’insoumission.

On a bien aimé aussi

« Les roses fauves» de Carole Martinez (auteur de quatre romans dont Le cœur cousu et Du domaine des Murmures -prix Goncourt des Lycéens 2011-).
«Peu après la sortie de mon premier roman, Le cœur cousu, une lectrice m’a raconté une coutume espagnole dont j’ignorais l’existence : dans la sierra andalouse où étaient nées ses aïeules, quand une femme sentait la mort venir, elle brodait un coussin en forme de cœur qu’elle bourrait de bouts de papier sur lesquels étaient écrits ses secrets. À sa mort, sa fille aînée en héritait avec l’interdiction absolue de l’ouvrir. J’ai métamorphosé cette lectrice en personnage.
Lola vit seule au-dessus du bureau de poste où elle travaille, elle se dit comblée par son jardin. Dans son portefeuille, on ne trouve que des photos de ses fleurs et, dans sa chambre, trône une armoire de noces pleine des cœurs en tissu des femmes de sa lignée espagnole. Lola se demande si elle est faite de l’histoire familiale que ces cœurs interdits contiennent et dont elle ne sait rien. Sommes-nous écrits par ceux qui nous ont précédés?
Il faudrait déchirer ces cœurs pour le savoir…» C. M.

La trame de ce roman est bien trouvée et donne envie d’entrer dans l’histoire. Mais ce n’est pas une histoire, mais des histoires qui composent le roman.  On perd alors pied, on est dérouté.

Cependant, le lecteur est magiquement happé probablement par le caractère onirique, étrange, fantastique de celui-ci. Il faut accepter de se perdre dans ce roman très singulier.

Revenons à l’histoire. L’auteure se met en scène avec le personnage d’une narratrice qui se consacre à l’écriture dans un petit village breton. Elle va imaginer devenir l’amie de Lola, postière, femme rigide et boiteuse, héritière d’une longue lignée de femmes espagnoles. Elles vont toutes deux découvrir le contenu du cœur en tissus de son arrière grand’mère dont la destinée hantera les générations suivantes. Des graines contenues dans le cœur sont alors plantées dans le jardin de Lola. Elles vont devenir envahissantes, incontrôlables et donner naissance aux « Roses fauves » d’où le titre du roman. Les roses seront le fil conducteur des différentes parties du récit. Des roses magiques, voraces, annonciatrices de plaisirs charnels mais aussi de mort.
Outre les états d’âme de l’auteur face à l’écriture de son roman, viennent se glisser l’histoire d’amour de Pierre et Marie au moment de la Guerre de 14 et celle de Lola avec un acteur qui joue le rôle de ce Pierre dans un film tourné dans le village.
Pas toujours facile de tirer la substance de ces différents récits ! Le rêve, le songe, font passer habilement de l’un à l’autre. « Ai-je rêvé ? Ces êtres sont-ils ceux que je promène dans ma poche ? Est-il possible que les lieux gardent le souvenir des événements dont ils ont été le théâtre ? »

Il faut passer  au-dessus des obstacles de la construction du livre parce que Carole Martinez est une conteuse. Elle fait un savant équilibre entre le réel et l’imaginaire. Son style est tour à tour onirique, poétique, incisif, troublant. Son écriture est autant élégante que puissante.

 « Comme un empire dans un empire » d’Alice Zeniter

Un ouvrage dense, compact, plutôt épais, près de 400pages, et…assez déconcertant pour qui, comme moi, gardait en mémoire l’intensité de l’émotion et la perturbante réminiscence qu’avait provoquées la lecture de « L’art de perdre ». Là, c’est d’une toute autre époque dont il s’agit, aujourd’hui et peut-être demain…

Le livre débute à l’hiver 2019. Dans la première partie, intitulée introduction, deux personnages :
L, Leila, d’origine arabe, est hackeuse. Entendons par là, qu’elle est une spécialiste d’informatique, capable de contourner les protections des logiciels et d’ainsi pirater les ordinateurs ou, du moins, de modifier certains programmes. Elle agit dans un but politique pour tenter de changer un système dont la puissance empêche l’émergence d’alternatives. Elle profite aussi de ses compétences pour aider, moyennant rémunération, des femmes cyber harcelées. Elle représente le monde « du dedans » où se côtoient, virtuellement, des gens, jeunes généralement, performants en techniques informatiques et qui, en en utilisant toutes les ressources, s’apprêtent à changer le monde où, du moins, en rêvent, en ciblant leurs attaques sur des cibles particulières, pour L la fachosphère. L a vu le début des « Anonymous ». Avec son compagnon, Elias, qui, malgré ses capacités hors normes en piratage, déteste les objets connectés et fait fonctionner ses appareils avec des bouts de ficelle, elle en a vu la fin, mais l’un et l’autre persistent dans leur croisade.
Antoine est l’assistant parlementaire d’un député socialiste souvent en désaccord avec son parti mais qui se fait un point d’honneur d’y être resté. Antoine est de gauche, par atavisme familial, un milieu modeste, la classe moyenne c’est-à-dire « pas du tout un juste milieu mais le fait d’être toujours le riche des pauvres et le pauvre des riches ». Antoine, qui avait des « facilités » a fait une khâgne parisienne, découvert un milieu social supérieur au sien, s’y est tant bien que mal intégré et fait partie du monde du dehors.

La deuxième partie, intitulée développement va voir se rencontrer L et Antoine. On est alors en plein dans la période trouble de l’hiver 2019.  L vit dans la crainte d’être arrêtée pour ses activités illégales de hackeuse puisqu’Elias a été incarcéré pour avoir piraté une grande société de surveillance informatique. Elle rencontre Antoine au cours d’une soirée à laquelle elle ne voulait pas assister mais comme souvent les circonstances l’entrainent. Antoine a pour mission de suivre le mouvement des gilets jaunes mais sa préoccupation tenace est ailleurs, il veut écrire un livre sur la guerre d’Espagne sous un angle nouveau. L’un et l’autre sont mal dans leur dedans et dans leur dehors. Dans cette longue partie, des souvenirs, des rencontres, mais aussi des longues descriptions très factuelles, techniques informatiques, actions de piratages, séances parlementaires … vont construire la relation mi- connivence  mi-amoureuse entre L et Antoine, sur fond de période chaotique, mouvante  où ne se dessinent pas de lignes claires d’avenir mais,  où, plutôt se posent des questionnements sans réponses solides.

Une brève troisième partie, Suspension, voit L. et Antoine vivre ensemble toujours dans le climat assez délétère de leur mutuelle incertitude jusqu’à ce que L s’effondre dans une espèce de dépression presque larvaire, kafkaïenne pense Antoine.

Changement de lieu, d’entourage humain dans la quatrième partie, Dénouement où L., conduite par Antoine, rejoint une communauté «  la vieille ferme » animée par un ami d’Antoine, Xavier, qui s’efforce de vivre en autarcie, une ZAD en quelque sorte, où un « permanent » Kedriss, l’aide à se reprendre. Cependant, pas de changement de vie pour Antoine et L. quand ils quitteront, car ils retourneront à Paris, la vieille ferme mais un éclaircissement sur leur futur. Pour elle, le retour aux abysses du dedans, « elle se remettra à lancer des actions d’une autre envergure, de celles qui séisment des continents numériques ». Pour lui, il a raconté le livre qu’il voulait écrire et il en conclut que peut-être il est «  fondamentalement un élève… fait pour apprendre et… incapable de créer ».
Un roman, comme je l’ai déjà dit, dense où sont ouverts les thèmes très actuels de nos sociétés en particulier l’omni présence de l’informatique avec les possibilités, peut-être effrayantes ou peut-être salutaires qu’elle ouvre, fin du secret des plans politiques, économiques, stratégiques, en même temps ouverture au monde par les réseaux sociaux et isolement des individus par la virtualité de leur communication. Plus spécifiques à l’époque décrite par le roman, le mouvement des gilets jaunes, la construction de sociétés à l’écart de la consommation, le vacillement des convictions politiques. Alice Zeniter entre dans ces problématiques avec une documentation impressionnante. C’est pour moi la force et, un peu, la faiblesse de l’ouvrage. La force parce qu’on est (presque)obligé de s’attacher à la description de l’univers « du dedans » puisque l’actualité nous en découvre les rôles au quotidien, la faiblesse parce qu’on perd en émotion, en chair en quelque sorte. Pourtant à y réfléchir, Zeniter nous donne bien une image miroir de notre société en particulier de « l’infosphère ». Et puis elle le fait avec son écriture maîtrisée, changeante au fil des situations mais toujours rigoureuse, avec le brio de ses observations mordantes, avec les notes percutantes de son humour froid.
En conclusion, pour moi un livre important, qui me confirme le talent d’écrivaine d’Alice Zeniter capable de passer des personnages bouleversants de « l’Art de perdre » au monde moins émotionnel mais tout aussi réel de « comme un empire dans un empire »

 

Café littéraire de septembre 2020
Nos coups de cœur

« Les couleurs de l’incendie » de Pierre Lemaître, 2ème roman d’une trilogie

Nous sommes en février 1927, le Tout Paris assiste aux obsèques du richissime banquier « Marcel Péricourt ». Certains journaux avaient titré : « une emblème de l’économie française vient de s’éteindre ». Sa fille Madeleine doit prendre la tête de cet empire financier dont elle est la seule héritière. Mais le destin lui dicte une autre voie….Elle doit s’occuper de son fils lourdement handicapé.
La crise de 1929 arrive à grands pas, tous les coups bas sont permis et touchent tous les secteurs : politique, économique, bancaire, journalistique, industriel…
Trahisons, lâchetés, mensonges, manigances, médiocrités en tous genres sont à l’honneur. Une course à l’argent et au pouvoir !!! Comme des charognards tournant autour de leur proie, le Fondé de pouvoir de la banque et le frère du défunt montent un stratagème pour voler l’héritage de Madeleine. Du jour au lendemain, elle se retrouve ruinée, blessée, trahie sur le chemin du déclassement.
Avec une force de volonté surprenante, elle va se battre pour sauver son honneur et celui de son fils. Madeleine, en femme intelligente, forte et rusée va tisser sa toile, précautionneusement, avec un seul but « se venger des hommes qui l’ont dépouillée à hauteur du préjudice subi ». Quel talent !!!!!
La sagesse populaire ne dit-elle pas :
     « Assieds-toi au bord d’une rivière, attends et tu verras passer le corps de ton ennemi…… »
Cette fresque romanesque est aussi la chronique de l’entre-deux guerres (27-39), la crise des années 30, l’affirmation du capitalisme, la montée du fascisme, la vague nazie qui s’apprête à submerger l’Europe, d’où le titre. Toute la complexité de cette période est formidablement rendue.
Au contexte historique passionnant, ce deuxième volet aussi vif que profond, aussi sombre et lumineux se révèle haletant et captivant de bout en bout sans temps mort. D’autant que l’écriture est riche, foisonnante, sagace et les dialogues truculents : on rit beaucoup.
Inspiré par son maître « Alexandre Dumas », Pierre Lemaitre se définit comme « un fabricant d’émotions ».  C’est jubilatoire. Un vrai roman tragi-comique.

 

« Nos espérances » d’Anna Hope

Excellent livre sur les vies trois jeunes anglaises, Cate, Hannah et Lissa, de leurs insouciantes jeunes années vécues ensemble à Londres dans la fin des années 80  jusqu’en 2018, lorsque devenues trentenaires, elles confrontent  leur vie à leurs aspirations.
L’une, Cate, très tôt mariée et mère de famille, s’interroge sur sa capacité à être une bonne mère alors qu’Hannah, à la brillante vie professionnelle, s’exténue en vaines tentatives pour être mère. Quant à Lissa, le chemin artistique qu’elle a choisi est plein d’embuches.
La narration, non linéaire, avec de fréquents retours en arrière, est traitée avec délicatesse et grande justesse. Pas de trémolos mais des notations subtiles, fragilités des instants, élans brisés, déchirements intérieurs, colères parfois… Ce n’est pas noir, c’est lucide. En toile de fond, l’évolution du paysage britannique, avec les changements politiques et les conséquences sociales.
Un roman lumineux grâce à une écriture retenue et sensible, des personnages crédibles et attachants (la mère de Lissa, Sarah, dans la fin de sa vie), une construction littéraire habile qui n’égare pas le lecteur.


On a bien aimé aussi

« Pilote de guerre «  d’Antoine de Saint Exupéry

Ce livre, inspiré par les missions assurées par l’auteur en mai-juin 1940, a été publié en 1942. Il était destiné à convaincre les américains d’entrer dans le conflit qui opposait la France à l’Allemagne. Il voulait montrer que la France mettait toute son énergie dans ce conflit.
C’est en fait une longue réflexion philosophique sur les états d’âmes des pilotes de guerre.
Livre un peu ardu et décevant car on ne retrouve pas la poésie de « Vol de nuit » ou de « Terre des hommes ».

« Mont Everest » de Joseph Peyré

Livre également publié en 1942. Joseph Peyré a fait des études de philosophie (élève d’Alain) puis de droit. Il a travaillé dans le journalisme avec Joseph Kessel et c’est ce dernier qui a incité Joseph Peyré à se lancer dans l’écriture. Avec bonheur puisque Joseph Peyré a écrit avec succès pendant des décennies.
Mont Everest est un roman, mais ce pourrait être un récit tellement on y retrouve les récits ultérieurs des ascensions célèbres dans l’Himalaya.
Roman donc qui relate l’ascension du Mont Everest faite par un groupe un peu disparate d’alpinistes : Mac Pherson, un anglais, Nima, un Sherpa, Jewar Singh, un hindou et enfin Jos Mari Tannenwalder, un guide suisse très réputé. A travers et malgré les difficultés presque insurmontables que rencontrent ces hommes, on voit les désaccords se dessiner. Mac Pherson méprise le Suisse car les Alpes n’ont rien à voir avec l’Himalaya, pense t-il. Plus tard les rivalités se font jour. Quel sera le duo qui fera l’ascension finale ?
Beau livre dans lequel on voit des hommes qui affrontent l’inhumain.

On peut rappeler ici « L’affaire du K2″de Walter Bonatti, paru en 2001.
 « Un ami dînait avec nous, à la veille de son départ pour Katmandou pour tenter l’ascension du Manaslu (8 163m!) Nous avions alors beaucoup parlé de montagne bien sûr, et il avait évoqué cette affaire. Il m’a prêté le livre le lendemain en partant. 
Nous ne l’avons jamais revu.  Il n’était pas bien préparé physiquement pour une telle ascension et il a succombé à la dureté extrême de ces sommets. »

 « L’allure Chanel » de Paul Morand

L’écrivain a transcrit le contenu des entretiens qu’il a eus de longues années durant avec la couturière. L’intérêt est double : d’une part bénéficier de la parfaite maîtrise et de l’élégance de la langue de Paul Morand, auteur aujourd’hui très peu lu tant à cause du rejet que son comportement de sympathisant avec l’ennemi pendant la deuxième guerre mondiale lui a valu qu’à cause du caractère un peu suranné de ses sujets, et d’autre part découvrir une biographie de Chanel par elle-même. L’accent est surtout mis sur les conceptions très novatrices en matière d’habillement de Coco et ce qui en découle, c’est à dire la libération du corps de la femme et donc de son quotidien. C’est évidemment surtout vrai pour la femme très aisée qui peut choisir de s’habiller selon des normes nouvelles qui lui apportent confort et liberté. Coco insiste beaucoup sur l’audace qu’elle a montrée en supprimant corsets, tournures et jupes volumineuses, en raccourcissant les ourlets… et les cheveux. Elle oppose vigoureusement ses choix d’habillement à ceux de Paul Poiret, alors le pape de la mode qui, selon elle « guindait et figeait les silhouettes ». Un autre intérêt de la biographie est dans l’incroyable inventaire des personnalités côtoyées tout au long de sa longue vie (1883-1971), du monde politique au monde artistique. Cependant, cette créatrice assez exceptionnelle, capable de relancer sa maison à plus de 70ans et de revenir au premier rang de la haute couture (après une interruption mystérieuse de 25 ans), était finalement très solitaire et est morte seule dans son somptueux appartement du Ritz. Cette biographie, qui ne dévoile rien de nouveau sur ce personnage si souvent décrit, vaut par le ton très libre et sans fard des propos et des faits rapportés.
Intéressant

« Le cœur battant » de Suzanne Chantal

L’auteure, qui fut l’amie, la confidente, le très fidèle soutien de Josette Clotis, la compagne entre 1932 et 1944, d’André Malraux, raconte les années d’amour intense mais rendu difficile par l’indécision de Malraux. En effet, celui-ci était marié à Clara, écrivaine brillante et femme indomptable. Il ne se résigne pas à divorcer, malgré la naissance de Gauthier puis de Vincent. Leur vie commune, marquée par l’engagement dans la guerre d’Espagne puis dans la Résistance en sera assombrie. Josette Clotis mourra en 1944, happée par un train en gare de Saint-Chamant. André Malraux écrira : « la mort de la femme aimée, c’est la foudre ».
Ce livre vaut surtout par l’éclairage qu’il donne sur la personnalité de Malraux, toujours emporté dans l’engagement et l’action mais peu concerné par les difficultés que peut rencontrer la femme qui l’aime et que, a priori, il aime aussi.  Il est aussi intéressant par ce qu’il décrit de l’engagement dans la guerre d’Espagne et de la lutte des Républicains, comme aussi des années de combat dans la Résistance.

 « Petits secrets, grands mensonges » de Liane Moriarty

Un très agréable moment de lecture pour qui aime la vivacité, l’entrain et la capacité de restitution du quotidien des séries américaines ! En effet, le livre de Liane Moriarty nous entraîne dans le même galop que « Desperate housewives » et ses personnages féminins typées par les diktats typiquement américains de la jeune bourgeoisie riche : assurer coûte que coûte la réussite scolaire de ses bambins  forcément surdoués !), établir à grands coups de réception son statut social, montrer son altruisme par sa vie associative, sans oublier d’être l’épouse parfaite, même s’il faut cacher des secrets honteux. Et puis il y a les imprévus, les grains de sable qui enrayent le bon fonctionnent du scénario prévu. Il y a la jeune mère célibataire, Jane, qui interroge chacune sur son mode de vie, Madelin qui voit bien les failles du système… Et puis il y a, et ce n’est pas la moindre qualité de la construction du livre que de maintenir le suspense, le meurtre à peine évoqué puis de plus en plus prégnant qui transforme la chronique sociale en thriller haletant. La chute verra une recomposition totale de la structure du groupe.
Liane Moriarty a si bien construit son livre qu’une série américaine en a été aussitôt tirée qui fait aujourd’hui les délices des spectateurs français (avec Nicole Kidman !!). Lecture très distrayante, addictive par l’intrigue, intéressante par une certaine richesse psychologique.

« Berta Isla » de Javier Marias

Le livre est construit comme un thriller évolué avec une histoire compliquée, racontée au fil des chapitres par différents personnages ; ils ont bien sûr des versions différentes des mêmes faits compliqués. L’intrigue met en jeu le M16 (service secret britannique), un héros surdoué en langues, devenu espion malgré lui, sa femme résiliente et résistante, et une cohorte d’officiels britanniques plus ou moins fourbes…
Une histoire de trahisons, de fausses trahisons… très bien écrite, parsemée de morceaux de bravoure littéraire réellement bien construits, un brin de pédantisme exigeant du lecteur de connaitre le colonel Chabert, Shakespeare, et beaucoup de T.S.Eliot… Mais le grand mérite de ce livre de 600 pages est de ne jamais relâcher l’attention du lecteur avant la fin.

« Les falaises de marbre » d’Ernst Junger

Principale qualité : assez court. Reconnu comme une œuvre majeure de la littérature : comme quoi tout le monde peut se tromper ! Est mis en parallèle avec « Le désert des tartares » de Buzzati et « Le rivage des syrtes » de Gracq. On dit que c’est très bien écrit. On croit lire un conte pour enfant : le grand Forestier  fait penser au grand méchant loup !  Disons que ça a vieilli.

« Demande à la poussière » de John Fante

Ce roman passe pour être le meilleur de cet écrivain américain du milieu du siècle dernier. Intrigue simple : une passion amoureuse non partagée entre un écrivain débutant et une jeune femme très belle, serveuse dans un bar, mais qui se drogue. Sous la passion violente de l’écrivain, on soupçonne la recherche d’une héroïne pour son prochain roman. Rassurez vous, tout se termine très mal, par dissolution de l’héroïne dans le désert californien, si vous voulez en savoir plus, demandez à la poussière !
NB : une critique avait déjà été faite dans nos précédents cafés littéraires, dotant ce livre d’un coup de cœur !